PRESAN -Projet de renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations vulnérables des Provinces de Phongsaly et Luang Namtha.

Les populations ethniques de Phongsaly et Luang Namtha renforcent leur sécurité alimentaire et nutritionnelle par une gestion concrète des ressources naturelles, impliquant les femmes et enfants.

En dépit de la croissance économique du pays[1] et de la réduction de la pauvreté à l’échelle nationale, les populations vivant dans les zones de montagnes du Nord Laos connaissent toujours une pauvreté plus importante que d’autres régions du pays[2] avec également des taux nettement inférieurs à la moyenne générale en termes d’éducation, de statut nutritionnel, d’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Les taux de malnutrition chronique (retard de croissance et insuffisance pondérale), restent très élevés dans ces régions avec environ 15% des enfants qui naissent avec une insuffisance pondérale, 44% des enfants de moins de 5 ans qui accusent un retard de croissance et 30% des enfants qui présentent une sous-pondération à l’âge de deux ans[3]. Les disparités géographiques en termes de nutrition restent saisissantes : 61,6% des enfants à Phongsaly et 53,2% des enfants à Luang Namtha accusent un retard de croissance contre 19% des enfants à Vientiane.

Enjeux

 

Une connaissance limitée sur la nutrition et un manque de nourriture diversifiée et nutritive : les problèmes de retard de croissance proviennent principalement d’un manque d’apports nutritifs dans l’alimentation des mères pendant la grossesse et l’allaitement et dans l’alimentation des enfants avant leurs deux ans. La diversité alimentaire appréciée par beaucoup de femmes et leurs familles ne doit pas être confondue avec l’équilibre nutritionnel : le faible taux de protéines et matière grasse dans les régimes alimentaires est problématique, particulièrement pour les femmes enceintes.

 

Faiblesse des infrastructures en eau et assainissement et manque de connaissances sur les pratiques d’hygiène et de santé : l’OMS estime que 50% des problèmes de malnutrition au Laos sont liés aux diarrhées chroniques et infections intestinales dues à la consommation d’eau non potable et un manque d’assainissement et d’hygiène. Dans le même temps, la sous-nutrition accroit les diarrhées et donc augmente les taux de mortalité. Dans la province de Phongsaly, la défécation à l’air libre est prévalente dans 61,8% des villages et seulement 74,7% des ménages bénéficient de sources améliorées d’eau potable.

 

Dégradation des ressources naturelles : dans les zones montagnardes du Nord Laos, les populations sont de plus en plus affectées par l’érosion et la détérioration des sols dus au développement des cultures et plantations commerciales, à la déforestation liée à l’activité commerciale ou encore la contamination des nappes phréatiques et des cours d’eau en raison de l’utilisation de plus en plus massive d’intrants chimiques pour l’agriculture commerciale. Ces évolutions actuelles ont clairement un impact sur la disponibilité des ressources naturelles et par conséquent sur les moyens d’existence et la santé des populations montagnardes.

 

Un appui gouvernemental et de la société civile inadéquat : Alors que le plan d’action national multisectoriel sur l’alimentation et la sécurité nutritionnelle[4] place la nutrition comme une des principales priorités, les autorités provinciales et des districts manquent de ressources et compétences nécessaires pour répondre aux défis auxquels font face les communautés en termes de sécurité nutritionnelle. Jusqu’à maintenant les autorités locales n’ont pas ou très peu de personnel qui parle les langues locales et manque de ressources et de connaissances pour fournir des informations et services de qualité aux paysans. De plus, les organisations de la société civile n’ont souvent pas ou très peu d’appui technique dans les zones reculées et des capacités limitées pour s’engager dans un dialogue politique.

 

Inégalité de genre : dans la plupart des minorités ethniques que l’on retrouve dans les régions montagnardes du Nord Laos, les femmes connaissent un manque d’accès à l’éducation, sont moins susceptibles de parler ou écrire la langue Lao et donc sont plus souvent exclues d’un accès à l’information concernant par exemple la nutrition ou des innovations agricoles. De plus, il existe aujourd’hui plusieurs éléments d’analyse montrant une nette corrélation entre inégalité de genre et insécurité alimentaire et nutritionnelle. Par conséquent, renforcer les compétences et la prise de décision des femmes au niveau communautaire peut contribuer à diminuer les problèmes de sécurité alimentaire et nutritionnelle rencontrés.

 

Augmentation des aléas climatiques : Les variations climatiques et les changements climatiques ne sont pas des phénomènes inconnus des paysans des régions du nord Laos. L’étude préliminaire menée par CARE et le CCL dans le cadre du projet adaptation au changement climatique[5] a démontré que les paysans devaient faire face à des contraintes croissantes : un début et une fin de saison des pluies et de saison sèche de plus en plus imprévisibles, des vents et des tempêtes plus violentes, des sécheresses plus longues et dans le même temps, une plus grande intensité des pluies provoquant des inondations et des glissements de terrain localisés, et des températures erratiques avec des vagues de froid et de chaleur plus sévères, augmentant fortement l’impact sur les moyens de subsistance et les ressources naturelles.

 

 

2.      Bénéficiaires & localisation du projet

 

Les populations ciblées par le projet sont les familles issues des minorités ethniques montagnardes des provinces de Phongsaly et de Luang Namtha.

Plus précisément le projet devrait bénéficier aux habitants de cinquante (50) villages répartis dans cinq (05) districts – Nyot Ou, May and Samphan à Phongsaly et Sing et Long dans la province de Luang Namtha.

 

Au total environ 5000 familles devraient bénéficier directement des activités du projet. Les bénéficiaires indirects sont les populations des cinq (05) districts ciblés par l’action à savoir 138 000 habitants[6].

 

 

 Les associations SAEDA et RDA sont partenaires mais aussi bénéficiaires directs du projet. L’objectif est en effet, à travers ce projet, de renforcer leurs compétences techniques et de gestion à travers la mise en place de formations, d’un appui continu de la part du CCL et CARE et des échanges d’expériences entre les équipes. Les autorités locales et notamment les techniciens des services déconcentrés de l’agriculture, de l’éducation et de la santé sont également partenaires et bénéficiaires du projet, l’objectif étant de renforcer leurs compétences et savoirs sur les problématiques de nutrition et développement agricole.

 

 

3.      Objectifs du projet

 Objectif global : La sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations ethniques, plus particulièrement des femmes et des enfants, est renforcée.

  •  Objectif spécifique 1 : L’état nutritionnel et de santé des populations ethniques et particulièrement des femmes et enfants est amélioré.
  •  Objectif spécifique 2 : Les ressources locales sont valorisées et préservées à travers des pratiques agro-écologiques, durables et productives.
  •  Objectif spécifique 3 : Les autorités locales et les organisations de la société civile sont capables et engagées à mettre en œuvre des approches multisectorielles pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

 4.      Durée du projet

 Le projet est mis en œuvre depuis Février 2016 et se terminera en Janvier 2020.

 

5.      Partenaires

 Le projet est mis en oeuvre en partenariat avec:

  • l’ONG CARE Laos et
  • deux associations locales;
  • SAEDA (Sustainable Agriculture and Environment Development Association) spécialiste en formation auprès des autorités et communautés locales sur les techniques SRI, le maraichage biologique, la sensibilisation aux risques liées à l’utilisation des pesticides et sur la formation aux principes de la nutrition et structuration des groupements paysans, et
  • RDA ( Rural Developement Agency) qui a développé une expertise significative pour l’engagement et la mobilisation des communautés sur les questions d’assainissement et d’hygiène.

 


[1] Le croissance du PIB est d’environ de 8% par an depuis une dizaine d’années selon les chiffres de la Banque mondiale

[2] Engvall, Fenton, Lindelow and Souksavath, 2009, Poverty in Lao PDR 2008, World Bank

[3] Lao Social Indicator Survey, 2011

[4] Multi-Sectoral National Food and Nutrition Security Action Plan (FNSAP)

[5] Elevating farmers resilience, NU-PCR Project, baseline report, Avril 2016

[6] Populations: May district (26 392), Samphan (24 347), Gnot Ou (29 747), Long (34 693), Sing (23 500).